L’étape du Tour par Yves

Récit d’une aventure montagnarde,  d’un défi personnel…

L’inscription : Tout commence un soir de réunion de club. Je lance l’idée de faire l’Étape du Tour. Cette idée reçoit un écho favorable auprès de quelques-uns. À partir de là se pose le défi et sa préparation. Le doute aussi. Mais, l’émulation collective balai les inquiètudes.
La préparation : Les sorties passent, le physique se fait à l’effort. Je ressens des progrès, je prends surtout les encouragements et les compliments à leur juste valeur et m’en nourris.
Les mois passent et l’échéance se rapproche, toujours plus pressante ou oppressante, c’est selon.
Je ne vais ni à l’Ardéchoise, ni aux 6 jours de Vars… faute de temps, et puis il faut financer quand même…
L’aptitude : Et surtout, il me faut mon certificat médical pour participer. Quelle aventure !!  De l’hyper tension est détectée !  Pas de certificat sans vérification faite par un cardiologue. La tuile ! Les péripéties médicales s’arrêtent le 29 juin, après le feu vert du cardiologue m’ayant fait passer un test d’effort. Le stress redescend. Je pense enfin à préparer ce qu’il faut pour les Alpes.
Veille de course : les affaires sont préparées le vendredi durant la journée. Le vélo, révisé, se doit d’être clinquant, à défaut que son « pilote » le soit. Ah oui, je ne vous ai pas dit ? je ne suis pas un grimpeur ! 2016 Etape du tour  - 1Cyrille, notre transporteur au caractère bien affirmé (les gens des gares de péage n’ont qu’à bien se tenir !) passe chez moi à 5h15 pour le voyage aller. Nous récupérons Damien chez lui et partons sur la route rejoindre Vincent (Olivier en fait, mais non pas du tout). Je laisse l’anecdote à Damien… Sourire garanti !

Nous arrivons à Megève pour me déposer à mon pied à terre peu après 14h. Il me faut encore récupérer mon dossard. Il est convenu que je me débrouille (la solution la plus simple en fait). Eh ben, allez zou, je prends mon petit vélo et c’est parti pour 5 ou 6 kilomètres de grimpette pour accéder au village !!! Génial ! Ma première côte montagnarde ! Le début est réalisé au téléphone avec ma femme puis je raccroche. Mon GPS ne se déclenche pas, donc je ne peux pas voir le pourcentage de la pente. Mais ça se passe bien.
Au bout de quelques minutes, finalement, le GPS se met en route et je suis dans du 7%… Sans m’en rendre compte. Bizarre quand même !
Bref, j’arrive au village, il fait très beau et très chaud… Zut la crème solaire… En redescendant, j’en achète.
Récupération du dossard, dernier stress en moins, j’en profite pour faire du lèche-vitr… Bah non. J’en profite pour faire les stands et des photos de la montagne que j’envoie à la petite famille.
Je redescends avec mon beau sac cadeau (sac à dos… héhéhé) et mon précieux dossard.

Je fais connaissance avec tous mes colocataires de Ville d’Avray. Ils sont adorables, et affûtés même s’ils ne le montrent pas, et préparent cette Étape scientifiquement. Je suis impressionné sans trop le paraître, eux, de leur côté, m’encouragent.

2016 Etape du tour  - 11

Jour d’Étape : La nuit s’est plutôt bien passée et je me lève  reposé. Je déjeune plus copieusement que d’habitude et m’apprête calmement à partir.

7h00 : Départ pour mettre des affaires de rechange à la consigne, histoire de me changer à l’arrivée. Optimiste, c’est bien ça mon gars !
7h30 : Je remonte dans les sas et je croise Emmanuel et Frédéric, nos formidables organisateurs (un grand merci à eux pour ce séjour). Ils demandent à se faire prendre en photo pour le souvenir ! Je voulais déconner en « photo bomber », mais je me retrouve à « tricher » en passant dans leur sas de départ (3 sas de gagner, soit 22 minutes 30 secondes sur la voiture balai). Merci encore les gars !
8h05 : je passe la ligne de départ avec Emmanuel. Nous faisons un bout de chemin ensemble jusqu’à la première petite côte que j’aborde calmement. Je me suis mis en mode individuel et je contemple les paysages de ces premiers kilomètres. On ressent une certaine chaleur, mais agréable en ce début de parcours.

Les Aravis approchent. Je les aborde tranquillement et commence la montée. J’appréhende, mais je roule à mon rythme, calé sur ma fréquence cardiaque. Ne pas être au-dessus d’environ 160 pulsations… Ça fait rouler lentement, en fait… Il y a comme une frustration, mais je me force à être serein et patient. 40 minutes plus tard, me voici en haut à côté du panneau fêlé en son milieu. Je le photographie. Il est mon premier col gravi. 2016 Etape du tour  - 17Quel événement personnel ! J’en suis fier intérieurement. Je poste immédiatement sur Facebook et je reçois mes premières félicitations. Je me savais suivi en live, notamment par ma femme. Je repars et m’engage dans la descente. C’est long et c’est bon. Mais, moi qui me vante d’être un descendeur, je me trouve à être plutôt pétochard pour le coup. Trop de monde devant et trop de monde derrière qu’il faut surveiller en permanence pour éviter l’accident.

La route s’élargit pour arriver sur le premier ravitaillement, je lâche un peu plus les freins et me grise de vitesse fortement contrôlée. Je ne m’arrête pas et prends la direction de la Colombière en passant Saint Jean de Sixt, Le Grand Bornand (petite pensée pour Emmanuel à la croisée du panneau d’agglomération). Ça défile et je me régale d’être à la montagne, d’être à la fête, de croiser des inconnus qui soutiennent d’autres inconnus dans l’effort. Puis, pouf, ça bipe et ça monte. Me voilà dans la Colombière. Si la deuxième catégorie passe sans souci, la première catégorie sera-t-elle beaucoup plus difficile ? Vais-je basculer ? « Oublie pépère et roule ! ».

Même mise en condition mentale que précédemment : calme, sérénité et rythme basé sur le cardio. Ne pas se plomber et rester patient. La montée n’est pas si rude, et j’accepte ma lenteur. Bonne première sensation. Par contre, la chaleur devient plus pesante. Ne pas oublier de boire régulièrement et alterner eau et boisson énergétique… Mais, et ça je m’en doutais un peu, les bidons ne sont pas faciles à retirer des porte-bidons… Mais encore plus difficile à remettre ! Déconcentration et énervement sur ce détail ahurissant ! Je m’arrête et je repars. Je casse le rythme. Je me cale dans une roue et ne pense plus à cet inconvénient qui va me suivre jusqu’au bout. J’ai de plus en plus chaud et je vois l’arrivée du col. J’ai envie de me rafraîchir avec de l’eau. Et zut, satané porte-bidon !! Je m’arrête encore et repère une portion plus raide. Ça casse un peu le moral pour le coup. Bon ça repart et finalement j’arrive sous l’arche du sommet ! Mon deuxième !!2016 Etape du tour  - 20  Joie mais inquiétude. Je sors mon portable et photographie le panneau. Je demande à un japonais s’il peut me prendre en photo devant l’arche. Je poste et je lis les commentaires. Ça me fait un bien fou !! Je recharge en eau au bar d’altitude (tiens c’est rigolo, ça) et je bascule !!! YES !!!

Très vite, je me rends compte que ce que m’avaient dit mes colocataires de Ville d’Avray n’était pas à prendre à la légère. Cette descente est dangereuse. Des panneaux annoncent les virages plus serrés. Encore beaucoup de monde dont je me méfie comme de la peste. Puis le premier accident signalé par la sécurité. Deux gars le long du mur intérieur au virage… ils ont dû se toucher, ce n’est pas possible autrement. Le second au tas, c’est la clavicule, pas de doute. Pour le premier, à part les brûlures, je ne sais pas. Puis je croise des cyclistes qui ont crevé… D’autres chutes, dont une que je soupçonne grave (je le saurai plus tard : une fracture du bassin). Ça refroidit les ardeurs.

Puis la route devient beaucoup plus belle, plus large et je relâche un peu les freins. Peu de temps. Le reposoir arrive, mais la vigilance est de mise, les boucles sont serrées. Scionzier et ravitaillement ! Il doit être 12h ou 12h30 ou plus tôt… Je n’en sais fichtre rien. Je m’y arrête et repère le Coca, l’eau, les crackers, les bananes, les raisins secs et… de la tomme de Savoie sur du pain aux lardons et au reblochon… J’ai mangé un peu de tout ça en fait. C’est plutôt bien passé !

Après un belle pause, je consulte mon Facebook, je souris à lire les commentaires (ça fait un bien fou) et je repars. C’est parti pour quelques kilomètres sans col. Je traîne derrière moi des suceurs… pas de relai… Je ralentis un peu et attends des dépassements pour me coller à un groupe en limitant la fatigue. YES ! Je passe d’un 29 à un 32 à l’heure le long du Giffre, et ce jusqu’à une bifurcation comme un entonnoir pour aller vers Mieussy. Là, fort ralentissement, je perds les roues et me retrouve un peu coincé dans la relance en pente… Tant pis. De toute façon, ça monte. Je continue de gérer l’effort, surtout que je sens qu’il y a moins d’allant. La route s’aplanît et je me place dans un autre groupe dont la vitesse me satisfait. Il fait très chaud. Les zones d’ombre sont toutes bonnes à traverser. Arrivée à Mieussy, je m’arrête. Repos, arrosage en eau fraîche pour la tête et les yeux pleins de sueur. Remplissage des bidons, une barre énergétique avalée rapidement (avec des hauts le cœur, mauvais signe…) et deux « boost » pour plus tard.
Je repars avec quelques cyclistes et j’en profite pour causer un peu. Direction Samoëns, pour la dernière difficulté du jour : le Joux-Plane.

Je ne m’arrête pas au ravitaillement de Samoëns et attaque le col… HC… L’appréhension monte d’un coup. Je n’arrive pas vraiment à me calmer. Je regarde le pourcentage : 9,8 % mais je monte. 10 %, je monte encore… un virage à droite, relance… puis pouf… plus rien. Pied à terre. Cul à terre. Sylvie passe et m’encourage, mais là, je ne peux pas… Damien passe, je ne peux toujours pas… ça dure, ça dure, ça mine…

Puis je me relève, chausse et tombe… Je me relève, chausse et repars tant mal que mal sur 1 km et la pente se relève. Je cale. Je marche. Je m’arrête, puis repars, etc, etc… Ce col est un enfer. Il est torride, irrégulier à souhait, je n’y suis pas préparé. Des regrets, non. Les panoramas sont splendides. Je m’accroche à ces vues actuelles et celles déjà dépassées, toutes magnifiques, et me dit que la montagne se respecte et se mérite. Je n’ai pas fait plus de 100 km pour m’arrêter là. Je me dois de ramener la breloque pour moi, pour récompenser ou justifier les encouragements reçus à distance ou tout proche. Le nombre de galériens de la route est grandissant et on me dit qu’il y en a encore un sacré paquet derrière… Je marcherai donc 7 km sur les 11,5 du Joux-Plane en patientant et surveillant l’heure. Je ne veux pas me faire arrêter.
2016 Etape du tour  - 21Puis, je vois le panneau du col. Je le prends en photo, mais ne publie rien. Je ressens comme de la honte. Je me remets en selle et ne m’arrête pas au ravitaillement du col. La gorge serrée, je réprime mes sanglots. Des sentiments confus entre la souffrance physique et morale, et le soulagement. J’entame la descente en ayant bien en tête qu’il reste une portion montante. Courte mais montante. Et là non plus je n’y arrive pas !!! Que de jurons jetés par ci et par là contre moi !! J’enrage.

Deux personnes nous félicitent « plus que 50 mètres et ça descend ! C’est fini ! Bravooo ! »

2016 Etape du tour  - 22La gorge se serre à nouveau, mes yeux s’embrument… Et je dois descendre sans tomber… Quel exercice là aussi ! La concentration est de mise. Pas d’accident, pas maintenant.
Je double une concurrente qui descend à pied, vélo HS pour rouler… Je la plains intérieurement, mais égoïstement, je ne pense qu’à finir.
J’arrive. J’ai la breloque, la casquette, je fais encore 5 mètres et je m’écroule sur le guidon. Je suis vidé.
Quelle épreuve… Sportive oui, mais jusqu’où il a fallu que j’aille… Au-delà du sport.
Ce fut une belle expérience. Je verrai ce qu’il en ressort quand je l’aurai digérée.
Tout le monde est fier de moi, me félicite… Je ne me rends pas compte à ce jour, je ne réalise pas. Mais je les remercie tous du plus profond de mon cœur, ceux que je connais intimement, ceux que je côtoie dans ce sport cycliste devenu peut-être une passion – je n’en suis pas encore sûr – et tous ces inconnus qui ne me connaissent pas, que j’aurai croisé une fois, puis jamais plus.

Ce fut mon aventure toute personnelle partagée avec ceux que j’aime et apprécie.

Yves Malatrat, le 13 juillet 2016

 

4 commentaires sur « L’étape du Tour par Yves »

  1. Très beau récit sans masque, ouvert aux émotions à la souffrance, au doute, au courage, à la ténacité, à la joie de la réussite et au partage réussit. Oui nous aimons le vélo pour qu’il nous apprenne à mieux nous connaître, nous fasse grandir pour devenir toujours meilleur et efficace dans tous les combats de notre vie.

    Alain CHANTAL

    J'aime

  2. Superyves ! Bravo pour ton récit très bien écrit et très bien décrit. Cela n a pas été facile mais tu gagnes aussi en expérience. A bientôt. Serguei.

    Envoyé de mon iPhone

    >

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s